Le recours aux forêts

Accueil > Cabanes > Des expériences de vie, des cabaniers... > Brigitte, l’espace du jeu

Brigitte, l’espace du jeu

juin 2004, par Le recours aux forêts

Face aux sommets pointus et enneigés, près de la frontière espagnole, à plus de 1500 mètres d’altitude, Brigitte travaille sur une petite terrasse accrochée à la pente très raide d’une montagne presque complètement abandonnée par les hommes. Des anciens pâturages il ne reste rien. Les arbres ont pris la place des bêtes et les anciennes habitations se sont lentement écroulées. Je suis au fin fond des forêts.

Arrivée de Roubaix par hasard dans ce lieu, il y a 25 ans, pour des vacances, Brigitte, ancienne maître nageuse, a démissionné pour créer tout d’abord un potager, avant de concevoir et de construire sa cabane.

JPEG - 128.5 ko

Sa cabane auto-construite est très imaginée, très rêvée, très travaillée, très belle. Elle a utilisé en partie le site (ruines de pierres). L’extérieur de sa cabane est en harmonie avec la nature environnante, très poétique ; elle vit essentiellement dehors, ne rentre que pour manger et dormir. L’intérieur de sa cabane est petit, mais rempli de pleins de choses : casseroles sur les murs, une trentaine de maquettes d’avions posées au plafond.

Sa chambre est lumineuse (juste un grand lit, sous le dôme en verre : là encore, même quand elle dort elle est "dehors"). Sa cabane, elle la conçoit comme habitat provisoire toujours en mouvement, comme un abri. "En tout cas ce n’est pas une maison. Dans une maison, il y a tout. Chez moi, il n’y a pas de clés, et puis j’aime l’esprit cabane. On peut faire une cathédrale avec un esprit cabane. La cabane nous tient tout de suite en éveil, en prise avec ce qui nous entoure. Que ce soit un sentiment de danger ou de sympathie - le bruit des écureuils sur les toits, des mulots ou des serpents sous le plancher -, en l’éprouvant notre esprit se prolonge au-dehors, devient lui-même un dehors."

JPEG - 165.3 ko

Brigitte passe deux heures par jour sur son ordinateur : elle communique avec le monde par Internet, a créé un site pour sa ferronnerie, fait des recherches pour son fils de seize ans qui a choisi de rester aussi dans la cabane pour l’instant ; il poursuit ses études par correspondance.

Aujourd’hui, il faut réadapter l’espace de la cabane à son compagnon, alors elle rêve et imagine avec David l’évolution de leur habitat et de leur travail. Elle aime beaucoup se projeter ainsi dans l’avenir. Son plus grand rêve : construire un grand dôme transparent afin que l’extérieur et l’intérieur se rejoignent.

Pour autant, Brigitte a une conscience politique de sa vie. Elle se sent un être libertaire contre l’avoir libéral. "Je dois retrouver les chemins de la liberté intérieure" dit-elle.
Et elle s’interroge beaucoup sur les conditions de la liberté dans le monde moderne, non pas de la liberté de mouvement ou du confort démocratique qui semblent acquis - du moins en théorie - mais de la liberté intérieure, celle renouant avec les forces poétiques et transcendantes, de faire son jardin par exemple.

A la fois candide et penseuse, Brigitte plaide pour les montagnes, ces vastes espaces intérieurs, lieux de la mystique et de l’art. "Chacun, face à la grisaille d’un univers mécanique, peut et doit avoir recours à ces montagnes mystérieuses."

Mais pour Brigitte c’est le jeu qui est sans doute le plus important. Elle parle des jeux de David : ses avions de modélisme et ses 5 motos ; de ceux de son fils avec ses maquettes de train et de bateaux ; et du sien, sa vie entière.
Elle aime cet espace potentiel où elle rêve avec David de l’évolution de sa cabane. Pour elle jouer c’est faire, et le jeu est extraordinairement excitant.

Mais qu’aime-t-elle le plus dans le jeu ? Et que lui apporte le jeu ?
Comment sa cabane est-elle devenue un lieu ludique ?
Comment a-t-elle rêvé, entrepris et construit elle-même sa cabane ? D’où vient son choix pour ce type d’architecture ? Comment va-t-elle faire évoluer sa cabane avec la présence de David ? Et quels sont ses projets, ses rêves ?

L’après-midi touche à sa fin. Brigitte joue dans un grand champ avec son compagnon. Un petit avion de modélisme vole au-dessus d’eux. Ils rient, courent, dévalent les prés.