Le recours aux forêts

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Paul, un diogène moderne

Paul est un peu comme Diogène, il a renoncé aux biens matériels

juin 2004

Paul a une trentaine d’années. Il a de grands yeux bleus très lumineux. Il vit l’hiver dans la petite cabane en bois qu’il s’est fabriquée cette année. Le reste de l’année Paul passe sa vie sur la route avec son cheval. C’est un solitaire qui parle peu. Il vit de très peu de choses, de petits boulots qu’on lui confie, et ne touche pas le RMI.

Il a quitté un travail de commercial bien payé en Irlande pour voyager, d’abord en camion puis à cheval. Après avoir rompu avec sa copine, il s’est retrouvé, un hiver, très démuni. La pluie n’arrêtait pas de tomber. Il avait seulement une bâche pour se protéger et dormait à côté de la route avec son chien et son cheval. Les gendarmes lui ont indiqué un lieu où il pourrait aller. Il s’est ainsi retrouvé chez Polo où il a pu se reconstruire et apprendre à travailler dans la nature.

L’unique pièce de sa cabane est très simple : un lit, une table, un banc et un petit poêle à même la terre battue. Quelques livres viennent donner de la chaleur à ce lieu presque ascétique. Il commence toujours ces journées de la même manière. Il se lève et va nourrir ses chevaux et les ânes de Polo avant de sortir les chèvres. Ensuite il prend son petit déjeuner après avoir allumé un feu dehors. Puis, Paul s’en va se balader avec ses chiens et sa chèvre, Nuage, qu’on vient de lui donner et qui a échappé à l’abattoir car elle n’avait pas de numéro d’identification. Paul rêve avant tout de voyage et est heureux ainsi. Il a peu de besoins et a besoin de peu. Pour lui la cabane est d’abord un abri où il peut être en contact avec l’extérieur. Il aime beaucoup l’idée de cabane, sa légèreté et le rapport qu’il peut avoir avec l’extérieur. Il l’aime surtout épurée et ascétique, sans décoration extérieure. Il apprend dans des livres à se nourrir des plantes qu’il trouve autour de lui et se confectionne un arc pour chasser. Paul n’a pas de jardin et cherche surtout à se rapprocher du sauvage.

Il mène une vie de bohême. Son vagabondage est soutenu par une quête intérieure où la cabane correspond à un choix de vie et à un retour aux origines, à l’opposé de ce que propose notre société. Vrai et faux, authenticité et paraître font partie de ses questionnements. Ce sont ses aspirations qui l’ont mené vers la vie qu’il mène et il n’est pas prêt à y renoncer, même si son paletot est troué et si son auberge touche la Grande Ourse. Au contraire, il tire de sa vie-expérience une véritable joie que l’on sent très profonde.

L’avenir, il le rêve tous les jours et imagine de grands voyages mais il sait qu’un jour il se posera complètement dans une cabane. Pour le moment, il va y rester jusqu’en avril avant de prendre la route pour le Portugal. Il y reviendra au mois d’octobre.

Pourquoi Paul a-t-il choisi de vivre sur la route ?
Comment sa vie de cabane est-elle le passage entre une vie citadine et une nouvelle vie ?
Le fait de vivre dans une construction étroite, provisoire et relativement fragile induit-il une relation spécifique au territoire dans lequel elle s’inscrit, à l’espace du dehors et aux éléments, donc une relation à la nature ? Comment s’y protège-t-on des violences de la nature elle-même (maladie, froid, tempête) ? Est-ce que la cabane est liée à la jeunesse ? N’est-ce pas un lieu utopique ? Comment se voit-t-il vieillir ? Dans une cabane ?

Il fait encore chaud en cette après-midi d’hiver. Paul verse de l’eau chaude dans une grande poubelle en plastique. Il se déshabille et prend son bain face au montagnes.

Paul fait partie des gens que l’on oublie pas et dont on se demande souvent où ils peuvent se trouver à l’instant où l’on pense à eux.